Publié par : Henri | 24 octobre 2007

Il faut sauver la presse informatique

Le magazine Stratégies a eu la gentillesse de reprendre le texte ci-dessous dans sa rubrique « Idées » du n° de cette semaine. Merci à François Kermoal d’avoir pensé qu’il illustrerait bien leur numéro spécial Internet 2.0 !

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Article StrategiesQuand Libé a failli mourir, tout le monde – politique, économique, culturel, de gauche comme de droite, – s’est ému et c’est un financier représentant l’essence du capitalisme, aux antipodes de la ligne éditoriale du quotidien « révolutionnaire » qui s’est porté aux chevets du malade pour lui injecter la médication nécessaire à sa survie. Le premier bulletin de santé donne des signes encourageants de rétablissement, même si le malade est encore en convalescence publicitaire…

Mais, quand les principaux groupes de presse informatique (Test, IDG et VNU) font l’objet d’une quasi-disparition, personne ne se mobilise, ni pour les salariés et journalistes menacés, ni pour ce secteur d’activité pourtant stratégique sur les plans de l’innovation, de sa contribution désormais indiscutée au PIB, du nombre d’emplois, de la compétitivité de nos entreprises, etc. Que fait le Cigref ? Que fait Syntec Informatique ? Que font les confrères journalistes ?

Il est vrai que les titres à la Une de 01 Informatique n’ont jamais été remarqués par les revues de presse qui reprennent à l’envi ceux plus glamour de Libé. Mais sait-on que 01 Hebdo (son nom d’origine) est (fut ?) la première revue au monde consacrée à l’informatique ? Si ses dirigeants d’alors avaient eu une vision internationale, le groupe Tests serait vraisemblablement la 1ère entreprise mondiale de presse informatique. Ce qui n’a pas empêché justement celui qui occupe cette place aujourd’hui, à savoir IDG Corp., de rencontrer de telles difficultés qu’il soit lui aussi dans l’obligation de céder tous ses titres en France (Le Monde Informatique, Distributique, Réseaux & Télécoms) dont les éditions papier vont disparaître.

Alors, à qui la faute ?

D’abord, la responsabilité première incombe aux annonceurs dont l’achat d’espace a massivement déserté les pages des magazines professionnels. Il est allé dans 3 directions principales : en premier lieu, nulle part, sacrifié sur l’autel des budgets réduits, coupés ou réaffectés sur du ROI plus immédiat ou plus visible. Ensuite sur Internet, bien sûr ! Avec tout son arsenal de pages vues, de visiteurs uniques ou de nombre de clics qui l’ont rendu fréquentable, voire même sympathique aux yeux des directions marketing désormais plus proches de préoccupations financières à court terme que des valeurs de marque. Enfin, vers les « grands » médias TV et presse éco/news qui, vus de New-York, Shanghai ou Londres, affichent des échelles de puissance qui parlent toutes les langues.

Mais les annonceurs ne sont pas les seuls coupables dans cette affaire. S’ils ont déserté ces médias, c’est qu’ils n’y trouvaient plus les bons véhicules pour toucher efficacement et à coût compétitif leurs cibles commerciales. Y aurait-il donc aussi un problème de contenu, de positionnement éditorial, voire de qualité rédactionnelle ? Houlà, attention, c’est dangereux, ça, coco ! Tu n’irais pas jusqu’à écrire tout haut ce que tout le monde dit tout bas ? A savoir que la presse informatique n’a pas évolué au même rythme ni dans la même direction que la profession qu’elle est censée représenter. Pour ma part, je constate seulement que nous avons encore affaire à une exception française car la presse informatique, même bousculée, existe encore ailleurs en Europe, outre-Atlantique ou dans d’autres régions du monde.

En fait, pour tout dire, je suis excessivement surpris, je devrais même dire profondément déçu, qu’aucun acteur important du marché n’ait ressenti la nécessité de prendre la tête d’une initiative fédératrice du marché pour exprimer aux dirigeants de ces groupes de presse leur soutien tout en exigeant d’eux des supports efficaces publicitairement parce que forts rédactionnellement. En donnant des gages de pérennité avec des perspectives publicitaires rassurantes, il aurait été possible à ces groupes de mener à bien les adaptations ou créations nécessaires pour suivre l’évolution du marché.

Au lieu de cette concertation entre professionnels qui poursuivent normalement des intérêts communs, le marché assiste, passif, à la transformation radicale, voire à la disparition, de sa presse professionnelle sans même s’enquérir auprès des nouveaux propriétaires du sort qu’ils projettent de réserver rares tires survivants.

Même si les jeux sont faits sur le plan capitalistique et que les pots de départs des ex-collaborateurs concernés sont majoritairement consommés, tout n’est peut-être pas encore écrit dans le marbre. Ne serait-ce que parce que les nouveaux propriétaires visent forcément, eux aussi, le fameux ROI et qu’ils doivent être attentifs à ce que veulent leurs futurs clients.

Alors, camarade entreprise du secteur IT, fais preuve de bravitude et adopte une attitude gagnant/gagnant en sauvant ta presse professionnelle ! C’est ton intérêt : tu peux gagner plus si elle travaille plus…

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