Publié par : Daniel Margato | 14 novembre 2007

Comment j’ai assuré à mon premier dating journaliste

Je m’appelle Edouard D et je travaille chez HS Systems Software. Mon attachée de presse vient de m’organiser un premier rendez-vous avec un journaliste dans un superbe restaurant en plein cœur de Paris. Comme je suis un homme très occupé, je n’ai pas eu le temps de préparer ce rendez-vous mais tout va bien se passer. Après tout, je connais comme personne mon sujet et j’ai l’habitude de faire des présentations clients. Je viens d’ailleurs, grâce à mon sens commercial, de signer un grand compte du CAC 40. Alors une interview avec un journaliste ça ne devrait pas être compliqué !

Lorsque j’arrive sur le lieu de rendez-vous, l’attachée de presse est là (je ne sais pas trop pourquoi en fait). La journaliste n’est pas arrivée et j’en profite pour passer quelques coups de fils professionnels (le temps c’est de l’argent et il faut que je rappelle à mes effectifs qui est le patron et qu’ils ont du travail).

La journaliste n’arrivant pas (toujours en retard ces journalistes !), j’en profite pour demander à l’attachée de presse (il faut bien meubler) « de quoi on parle aujourd’hui ? »Etonnée, celle ci m’explique l’objet de l’entretien (en réalité je n’ai pas eu le temps de lire le briefing qu’elle m’a envoyé 3 fois par mail) et elle me donne 2-3 tuyaux pour que tout ce passe bien. A titre d’information, je demande à l’attachée de presse ce qu’il est d’usage de faire quand viendra l’addition en prétextant que je ne voudrais pas heurter la susceptibilité de la journaliste et sa déontologie (Avec tout ce qu’on paye comme honoraires à cette agence de com’, cela doit bien rentrer dedans !).

La journaliste arrive. Nous échangeons nos cartes de visites (maintenant je sais comment elle s’appelle) et lui explique que je suis un lecteur assidu de son magazine. Alors quand elle me tend le dernier numéro et je le feuillette avec grand intérêt (en fait je croyais qu’elle était journaliste pour le magazine concurrent, que je connais mieux) tout en l’écoutant me présenter les sujets qu’elle suit.

Le serveur arrive, nous prenons la commande et je commande une bonne bouteille de vin (ça devrait lui faire plaisir et aider à briser la glace). La journaliste m’explique ce qu’elle attend de moi mais bizarrement elle n’a pas de questions précises… Je décide de prendre la main et lui explique le positionnement d’HS Systems Software et sort un argument de poids qui fait mouche habituellement : « D’après le cabinet d’études ICD, nous sommes leaders sur notre marché… » (On a vraiment bien fait de leur commanditer cette étude). 

Bingo, je crois que je viens de marquer un premier point : le journaliste me demande alors de lui décrire ce marché et nos spécificités. Du coup je décide de jouer la carte de l’innovation technologique en lui disant  : « En fait, on est le leader du marché de l’Infrastructure Intelligente Orientée Réseau Applicatif Critique Sécurisé®™… »

La journaliste me demande le nom de nos principaux concurrents (Je l’ai tout de même pas invité pour parler de mes concurrents, c’est vraiment désagréable comme question). Je lui réponds alors « Pour ne rien vous cacher, nous n’avons pas de concurrents car HS Systems Software est la seule société a intégrer une couche applicative de niveau 48… » Le regard de la journaliste s’éclaire, elle acquiesce de la tête (je crois qu’elle a compris notre différence…)

Et, de fil en aiguille, je lui détaille notre différence, lui explique nos partenariats technologiques avec les autres leaders de leur marché. Nous prenons un dessert, un café paie l’addition et demande à la journaliste quand elle prévoit de publier son article et me répond qu’elle ne sait pas encore. Après son départ, l’attachée de presse (qui n’a rien dit du déjeuner) m’explique que globalement tout s’est très bien passé et qu’il ne devrait pas y avoir de surprises sur le contenu de l’article.  

Je crois que j’ai assuré.

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Responses

  1. Excellent, cela décrit parfaitement la situation. Ce qui est « grave » c’est que l’on comprends bien dans ce récit que ni la journaliste, ni Edouard n’ont préparé leur rencontre ; personne ne sait exactement ce qu’il vient faire…

  2. Assuré, pas vraiment. Le message que tu as délivré est le tien, celui que tu sentais le mieux, celui du patron et comme le patron a toujours raison, c’est donc excellent.
    Mais était-ce le bon moment de parler de sous couche 48 à votre interlocuteur? Ne fallait-il pas au contraire donner de l’ouverture au positionnement via la concurrence pour aider votre interlocuteur à mieux situer votre activité et votre société?
    Parfois il est trop tôt de présenter sa spécificité si la personne ne fait pas la différence entre la peinture et la photo. Avant de lancer une idée, bien s’assurer qu’elle peut bien voyager!

  3. @CATHER – hum… comment dire… vous avez bien sûr compris que tout ce texte est ironique et votre commentaire est donc du 48è degré… n’est-ce pas ?

  4. Ce qui serait drôle, pour la chute, c’est de voir l’article publié.

  5. On attend la suite : j’appelle l’attachée de presse après m’être étranglé ce matin en lisant le journal. La journaliste n’a rien compris, j’exige un droit de réponse car un « concurrent » est cité au troisième paragraphe disant que ma solution n’est pas révolutionnaire. Et elle ne nous a même pas fait relire l’article… pourquoi paie-t-on cette agence si cher ?


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