Publié par : Nicolas | 17 janvier 2008

Le juste prix : combien ça coûte ?

Le Président Sarkozy a souhaité que France Télévisions se passe des ressources publicitaires à partir du 1er janvier 2009. Assez logiquement, la Ministre de la Communication Christine Albanel, a souhaité que ce soit le cas de Radio France également. En conséquence, il va bien falloir trouver de nouvelles sources de financement. 

Le modèle a été clairement annoncé : BBC. Deux chaînes de télévision hertziennes nationales et six chaînes numériques, cinq stations de radio hertziennes et cinq numériques, et BBC World Service qui diffuse en 33 langues (ouf !).  

Mais au fait, des médias publics sans pub, combien ça coûte ?

 

Attention aux modèles, ce n’est pas toujours transposable. On oublie ainsi de rappeler que la BBC, reconnue pour la qualité de ses émissions et l’indépendance de ses journalistes, est financée par une redevance plus élevée (181 € contre 116 € en France) ainsi que par la vente de produits dérivés alors que la loi restreint ce mode de financement pour France Télévisions. Un autre point à souligner : le système bat un peu de l’aile et 2 500 postes ont été supprimés à l’automne 2007. 

Alors, où va-t-on trouver 1,2 milliards d’Euros (environ 830 millions de manque à gagner pour France Télévisions, et environ 50 millions pour Radio France) nécessaire au financement de 5 chaînes de télévision (France 2, France 3, France 4, France 5 et France O) et 7 radios (France Inter, France Culture, France Musique, France Info, Le Mouv’, FIP) ?  

Comment ça 1,2 milliards d’Euros ? Et oui, car la simple addition 830+50 serait sous-estimée : le temps supprimé à la publicité devra bien être comblé par des émissions (on ne va quand même pas revenir à la mire…). Sur France 2 ça représente environ 4 heures de creux à combler d’après les propos de Michel Drucker recueillis par le Parisien. Soit on crée des programmes ad hoc, soit on multiplie les rediffusions et je pense que personne n’est tellement partant. Mais de toute façon, il y aura un surcoût à rajouter à la note.  

Augmenter la redevance ? N’y pensez même pas ! Le sujet est trop impopulaire, et d’ailleurs Christine Albanel a d’ores et déjà rejeté l’idée. Les rumeurs d’une privatisation de chaîne de télévision vont déjà bon train et ça ferait autant de moins à financer, mais ça ne règle rien. Alors qu’est-on allé chercher ?

Une taxe sur une assiette dont les contours ne sont pas encore dessinés clairement. En premier lieu : les revenus publicitaires des chaînes privées (pour rappel : elles le sont déjà, à hauteur de 5,5 %). En gros, plus TF1 et M6 engrangent, plus France Télévision en bénéficie, c’est un peu tordu mais c’est ainsi. Comme cela ne suffira pas à combler le manque à gagner, d’autres secteurs seraient taxés : les opérateurs télécom mobile et les fournisseurs d’accès à Internet, on parle même de la presse qui n’a pourtant pas besoin de ça en ce moment. Plus fort encore, on évoque une taxe sur les téléphones mobiles eux-mêmes, les ordinateurs, certains baladeurs numériques, et la publicité hors média comme l’affichage ou les prospectus. 

Un célèbre publicitaire et agent matrimonial a même proposé des solutions étonnantes pour que la publicité fasse un come back en douce dans le service public et remplisse un peu les caisses, c’est d’ailleurs son credo depuis un moment : sponsoring, partenariats, placement de produits dans les émissions… Du grand art tout en finesse. 

Pardon ? Je sais bien que plus l’assiette est large plus le taux est faible, mais il y a là une logique que je ne comprends pas. Pourquoi faire payer aux lecteurs, internautes et abonnés du mobile pour financer la télévision ? Est-ce à dire que l’on considère que pour financer un média on en fait supporter le coût aux autres ? Que viennent faire la téléphonie et l’affichage là-dedans ? Veut-on taxer la communication en général ? A quand les fax et les timbres, voire les allumettes et briquets pour les pernicieux qui seraient passés aux signaux de fumée ?  

C’est un peu comme si, pour financer un métro sans publicité, on taxait les voitures, les taxis, les vélos, les rollers, les fabricants de pneus, les fabricants de chaussures, de chaussettes et de béquilles. La question est bien de trouver des recettes régulières et larges, afin que le prélèvement soit le plus indolore possible, mais il me semble qu’on nage en pleine confusion des genres.  

Au final, le casse-tête reste entier, d’autant que la Commission Européenne aura certainement son mot à dire sur les distorsions du marché que génèrerait ce projet…  

Affaire à suivre !  

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Sans transition, une dépêche est tombée : les autorités de Birmanie ont demandé l’augmentation de la redevance annuelle sur la télévision par satellite, qui passe d’à peu près 3 € par mois à environ 530 € (+ 17 666 %). N’en doutons pas, la qualité de la télévision publique MRTV va s’en ressentir, car enfin, ce n’est certainement pas pour limiter l’accès à l’information sur la répression relayée par la BBC ou Democratic Voice of Burma qui émet depuis la Norvège…

 

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Responses

  1. Pour information, il existe une taxe sur les allumettes depuis 1871 !!!
    L’état français avait déjà la solution à tous ses problèmes. TAXER !
    Au lieu de gérer, taxons, c’est plus simple.


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