Publié par : Nicolas | 15 février 2008

Information : victoire des blogs sur le New York Times, et alors ?

Un jour de 2002, deux hommes firent un pari.

D’un côté Dave Winer, bloggeur historique depuis 10 ans, et qui est plus ou moins à l’origine des blogs tels qu’on les connaît de nos jours (il a contribué à la mise au point des flux RSS et des podcasts).

De l’autre Martin Niselholtz, responsable de la version électronique du New York Times.

And the winner is Winer !

Le pari en question ? Winer affirmait il y a 5 ans que « lorsqu’on ferait une recherche Google sur cinq mots ou phrases représentants les 5 informations les plus importantes de 2007, les weblogs arriveraient plus haut que le site du New York Times ».

Comme toujours dans ce genre de circonstances où une personne fait une affirmation qui semble osée, il est plus intéressant quand quelqu’un relève le défi. Ce qu’a fait Martin Niselholtz. Mieux encore, ils ont confié cette prédiction à la Long Now Foundation, institut qui aime à penser qu’en regardant à longue échéance* on prend le temps de l’analyse des mouvements de fond (société, mode, culture, économie, environnement…). Et probablement qu’on dit moins de foutaises aussi.

L’échéance est arrivée, la Fondation a effectué le test à partir de 5 événements listés par Associated Press comme les plus importants en 2007 aux Etats-Unis : le massacre de l’Université Virginia Tech, la crise des subprimes, la guerre en Iraq, l’évolution du prix du pétrole, et les exportations chinoises.

Verdict : mis à part le sujet des subprimes, les blogs arrivent en tête de toutes les recherches !

Voilà qui pose de sérieuses questions sur le rapport que nous entretenons avec l’information…

La conclusion (hâtive) qui vient à l’esprit immédiatement, c’est qu’une personne (le bloggueur) qui prend son temps, écrit ce qu’elle veut et quand elle veut, sur le sujet quelle veut, semble produire une information d’une pertinence a priori plus intéressante qu’une autre personne (le journaliste), qui est un professionnel formé et payé pour produire en temps voulu des articles au format peu ou prou imposé.

Il y a une différence tout de même, c’est que le journaliste est dans une position du one to many, sans possibilité d’échange avec les lecteurs. Il se situe dans un temps de feedback assez long. Alors que le bloggeur se nourrit des commentaires, y répond, ce qui constitue une émulation plus immédiate. Et un enrichissement naturel du nombre d’informations disponibles sur un blog : outre le billet, il peut y avoir des échanges de commentaires particulièrement longs et fructueux.

Je vois aussi un élément intéressant dans l’exception qui ressort de ce test. Les bloggueurs, tout animés de bonnes intentions qu’ils sont, ne peuvent concurrencer sérieusement une véritable rédaction sur les questions qui nécessitent un niveau de connaissance technique pointu. Saviez-vous quelles sont les catégories qui ont comporté dès le début le plus d’articles dans Wikipedia ? 

Les articles de geek. Vous savez, ces technophiles amateurs de gadgets, early adopters, participatifs, ludiques, souvent caricaturés sous les traits de l’adolescent boutonneux à binocles qui pirate le Pentagone au réveil et a au moins 7 gadgets électroniques en import direct du Japon sur lui en permanence… Cherchez des informations sur Le Seigneur des Anneaux, Star Trek ou les petites annecdotes concernant la technologie dans Wikipedia, vous serez servis. Alors que de nombreux champs de l’art, de l’histoire ou de la science sont encore peu fournis…

Tout comme les contributeurs de Wikipedia, les bloggueurs sont une population particulière, qui n’est absolument pas le reflet de la population globale. Ils aiment Internet, sont curieux, veulent partager des idées, et surtout, prennent le temps de le faire avec leurs propres moyens. Et de quoi ils parlent ? De ce qu’ils aiment et de ce qu’ils connaissent ! Alors les subprimes, vous imaginez bien : sujet polémique mais aux fondements complexes et aux conséquences pas encore bien évaluées… on en restera au strict minimum.

Alors dans tout ça, quelle est la bonne nouvelle ? Et bien elle est là : il reste une place pour la presse professionnelle, qui traite de sujets pointus, plus âpres, moins glamour, mais importants et dont les conséquences se voient tous les jours.

* la longue échéance, pour la Fondation, ça va jusqu’à 10 000 ans !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :