Publié par : Laurent | 19 mai 2008

Toujours les mêmes qui trinquent

Je sortais de la douche, j’allais me raser, quand le journal à la radio s’est ouvert sur cette nouvelle :

La Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) étudie plusieurs propositions pour lutter contre l’alcoolisme, en particulier, « l’interdiction de la promotion des boissons alcoolisés par tarifs indicatifs dans les lieux de vente et de consommation et celles « de la vente à la bouteille des boissons de groupes 3 à 5 dans les établissements qui bénéficient d’une autorisation de nuit ». 

En clair et net : suppression de l’happy hour, qui permettait, sur un créneau horaire donné, généralement entre 18h et 20h, de payer sa boisson moitié moins cher, sur le principe de « une achetée, une offerte ».

« Diantre » m’exclamais-je haut et fort – faisant sursauter mon petit chien qui somnolait à mes pieds – « ils ont osé s’attaquer à l’apéro. Mais que va-t-il donc nous rester ? Pourquoi envisager de nous priver de ce plaisir, de ce moment convivial ? N’ont-ils donc rien d’autre à f…. ?  »

Car soyons clair : je ne suis pas contre le principe de santé publique, bien au contraire. Je suis favorable à l’interdiction de fumer dans les lieux publics, pour lutter contre le tabagisme passif. Et je me suis personnellement investi dans les actions de prévention routière « capitaine de soirée », car il faut faire rimer consommation d’alcool et responsabilité personnelle.

Mais là, avec cette mesure, on mélange tout dans un cocktail un peu imbuvable.

Dans des périodes jugées difficiles, où le moral des français est en berne, s’attaquer à un espace de liberté comme celui des Happy Hour ne me paraît pas pertinent. Ceci d’autant que la décision sera forcément perçue comme un nouveau coup porté au sacro-saint pouvoir d’achat déja si malmené par ailleurs. Les sondages de notre président Speedy Gonzales, n’ont pas fini de faire de la spéléologie dans les semaines à venir.

En plus du mécontentement du consommateur, l’Etat va forcément se heurter à la grogne des patrons de bars.

Plus grave encore : en rendant difficile la consommation d’alcool, il va déplacer le problème. Si la bière est trop chère au bar, je vais la consommer au bureau avec mes collègues. Ou chez des amis… de chez qui je devrai ensuite rentrer d’ailleurs !

Ces deux mesures peuvent paraître frappées du bon sens, et moindre au regard d’autres problèmes de société bien plus grave. Pourtant elles soulèvent un lot de questions :

– L’Homme n’est-il pas capable de consommer raisonnablement ? Et le cas échéant, de s’organiser pour rentrer en transport, ou se faire ramener par celui qui n’aura pas bu ? D’ailleurs, à la fin du Happy Hour, les transports fonctionnent généralement encore. De fait, la France n’affronte plus les querelles liées à l’ivresse et les voies de fait sur la voie publique, alors qu’en Angleterre, ou dans les pays Nordique, où la Walkyrie sublime au teint laiteux s’ennivre au point d’être malade (et pas très digne) avant même d’atteindre le bar.

– Au nom de la santé publique, et pour lutter contre les excès d’une minorité, faut-il punir toute une population qui profitait avec modération des avantages du Happy Hour ? Le verre pas cher qu’on offrait facilement au copain, au collègue, à sa nouvelle conquète, voire pour les plus hardis à l’inconnu(e) de passage, sera relegué au rang des souvenirs. Désormais, chacun son addition.

– Toutes choses égales par ailleurs, cette mesure n’est pas sans rappeler la prohibition américaine. Est-ce qu’elle ne risque pas d’inciter pas au développement d’une consommation clandestine … et donc moins contrôlable ? Regardez les concours de beuverie en Allemagne qui résultent d’une consommation excessive, en un temps très court, d’alcool acheté en toute quiétude et sans contrôle au supermarché. Va-t-on rationner l’achat d’alcool dans la grande distribution ?

– Sommes-nous en train de construire une vie aseptisée, insipide, où tous les écarts seront interdits, afin de nous assurer de vivre plus longtemps ? Plus longtemps, certes… mais à quel prix ? Bénabar, non sans humour, soulève la question dans sa chanson « est-ce de ma faute à moi, si j’aime le café et l’odeur du tabac ». Et si j’ai envie moi, de manger gras, de m(él)anger sucré et salé, de fumer, de boire, de ne pas mélanger 10 fruits et légumes par jour…

Il faut lutter contre l’alcoolisme, que ce soit l’alcoolisme des jeunes ou l’alcoolisme au volant. Mais ce n’est pas en supprimant les Happy Hours que l’action sera la plus efficace. Responsabilisons l’individu (« celui qui conduit, c’est celui qui boit pas » : le message de la prévention routière est pourtant clair), accentuons la peur du gendarme, surtout dans les moments cruciaux. Car enfin, soyons lucides, il n’y a que très peu de contrôles à la sortie des discothèques.

Mais de grâce, ne faites pas du Happy Hour l’émissaire de la lutte contre l’alcoolisme.

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