Publié par : Bénédicte | 17 juin 2008

Vive le bac philo !

La perception peut-elle s’éduquer ? Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ? L’art transforme-t-il notre conscience du réel ? Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ? Peut-on désirer sans souffrir ? Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ?

Whaouhhh !!!!! En découvrant les sujets du bac de philo, je me suis dit :

1/ je n’aimerais pas être à leur place ;

2/ et surtout, que peut raconter un jeune de 18 ans sur ce sujet ? Quelle expérience a t-il ? Quelle maturité pour parler du désir et de la souffrance, de l’influence de l’art ? Quelle connaissance également car une année d’enseignement, qu’est-ce dans une vie ?

Et puis le même jour, j’ai achevé un livre qui m’a ébranlée, pas pour ses qualités littéraires mais pour le sujet qu’il traite, qui « donne » à penser, qui nourrit le questionnement : La Vague.

La Vague, c’est l’histoire d’une expérience réelle, conduite en 1969 pendant un cours d’histoire dans un lycée de Californie. Alors qu’ils étudient la seconde guerre mondiale, les élèves s’interrogent sur la facilité avec laquelle le peuple allemand a suivi Hitler et les nazis. Leur professeur d’histoire décide alors de mener une expérience : ” la vague “. Il choisit, sans le signifier à ses élèves, d’appliquer certains principes du nazisme et ainsi donner à sa classe le sentiment d’appartenir à une élite.  Au fil du roman, les élèves intègrent de plus en plus ces principes. Petit à petit, le professeur constate que les élèves apprennent de mieux en mieux, mais aussi qu’ils arrêtent de réfléchir…. Bientôt, le mouvement prend la tournure du fascisme, chaque élève de l’école étant quasiment contraint d’y adhérer. 

Ce livre décrit comment l’extraordinaire pouvoir de la pression du groupe, à l’œuvre dans de nombreux mouvements politiques et religieux, peut conduire des individus à rejoindre ce genre d’organisations et, ce faisant, à abandonner leurs droits individuels – quitte, parfois, à nuire à autrui. 

Et là, inévitablement je me suis posée la question : qu’aurais-je fait si j’avais vécu en Allemagne en 1933 ? Comment aurais- je réagi si j’avais grandi, blanche, dans les banlieues riches de Johannesburg ? Suis-je vraiment à l’abris ?

Sommes-nous suffisamment armés pour appréhender de façon critique les problèmes du monde contemporain ?

A une époque où le langage, la littérature, la conversation ont cédé la place à l’image, aux « coups d’ com », aux sondages… A une époque où les médias influencent dangereusement la façon de penser des individus, dans un monde où être considéré comme « l’exception française » n’est pas toujours de bon aloi, où s’écarter de l’opinion populaire, ce n’est pas se comporter en « bon démocrate », la philosophie, plus que jamais, a son mot à dire ! Justement pour nous éviter de subir ce nivellement de la réflexion pour en faire une « pensée unique » ! En éveillant notre esprit critique, en nous aidant à penser librement et à former notre propre jugement, la philosophie reste le meilleur rempart contre toute forme de dictature et de tyrannie : celle de Hitler, bien sûr ! Mais aussi celle des médias ! Quand elle n’est pas seulement un vernis superficiel et formaliste comme celle qui est exigée au bac, mais une véritable formation humaniste, riche et diversifiée, la philosophie montre la complexité du monde , aux antipodes des simplifications idéologiques. A l’inverse, l’idéologie, système d’idées et de valeurs simplifié et apparemment cohérent tient lieu d’ersatz de culture générale à ceux qui en manquent. 

Au lieu d’imposer des formations au management ou à la prise de parole en public, les entreprises ne devraient-elles pas proposer à leurs « leaders » des « séminaires de philosophie » ? Les médias dits « sérieux » ne pourraient-ils pas consacrer une page quotidienne à un sujet philosophique ?

Et vous, internaute égaré sur le blog de 3d Communication, vous savez ce qu’il vous reste à faire ???

A bon entendeur, salut !

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Responses

  1. Bénédicte,
    Je te conseille également le film allemand « l’Expérience » (Das Experiment), où pour étudier le comportement humain, on enferme 20 volontaires : 8 joueront les gardiens, 12 les prisonniers. La règle est simple : les gardiens doivent faire régner l’ordre et les détenus obéir.
    Mais les frontières entre expérience et réalité vont devenir floues, et l’expérience va mal tourner.

    Là encore, l’homme s’identifie au rôle qu’on lui a confié et applique les consignes. Un gardien devient violent face à un autre homme, le fait souffrir, le punit, car il pense que tout ceci fait partie de l’expérience. Après tout, il a reçu l’ordre d’une « autorité » supérieure.
    Et ceci s’accompagne d’un effet de groupe : un leader entraine tout un groupe dans sa perception biaisée de la réalité

    On retrouve ceci aussi dans le film « I comme Icare ». Yves Montand assiste à cette expérience où un volontaire pour un test scientifique soumet à des décharges électriques de plus en plus violentes un autre volontaire, pour tester sa mémoire. Même s’il voit l’homme souffrir, même s’il a conscience de sa cruauté, il ne s’oppose pas à une décision émanant d’une autorité scientifique.
    L’ironie, dans le film, c’est que Montand, qui suit la scène en cabine, ne réagit et s’offusque que tard, lorsque le patient qui reçoit les décharges est déja à moitié inconscient.

    L’esprit de groupe joue pleinement. L’autorité des instances politiques ou scientifique encore plus…Pour peu qu’elles soient en plus dirigées par un leader reconnue comme hypra-charismatique, dans une période extremement difficile économiquement, au sortir d’une guerre humiliante pour un peuple… je ne suis pas sur que la philosophie aurait, hélas, été un rempart suffisant à l’époque.

    Aujourd’hui peut-être… mais hier, j’en doute


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