Publié par : Lauren | 19 août 2008

Une grand-mère et les interfaces floues

Ce n’est plus à prouver : Internet est considéré comme un vecteur d’information toujours plus foisonnant, enrichie, critique, bref comme un outil formidable vers plus de transparence. Mais une récente expérience suggère qu’il peut aussi être un facteur d’incommunicabilité entre des générations dont les modes d’appréhension de l’info diffèrent de plus en plus.

Aux origines (de la réflexion) était l’université de Stanford et ma grand-mère.

Au pays des chercheurs, on bidouillait la logique floue. Quézaco ? Tout simplement qu’au lieu de tenir compte des seules catégories booléennes et hermétiques, on montre l’existence de sous-catégories variables qui se situent aux frontières. Par exemple, les débutants à la frontière des confirmés, les confirmés à la frontière des experts lors d’une évaluation de niveau.

A partir de là, certains esprits échauffés ont décidé de faire un sort au schéma de Shannon & Weaver et d’instaurer la république des interfaces floues. Concrètement, cela veut dire que nous avons progressé du schéma de communication de base totalement univoque [émetteur > message (+bruit) > destinataire] vers une dissolution des limites entre ces instances. Outre que le feedback devient une condition presque sine qua non de la communication, le destinataire se retrouve de plus en plus souvent en position de producteur d’information. La transition s’achève ainsi vers un schéma en miroir : [producteur-utilisateur <> message <> producteur utilisateur]. Le trajet de l’info est équivoque, il se construit en partenariat entre les actants et peut en connecter autant que possible.

Le schéma initial correspondait aux médias traditionnels qu’affectionne ma grand-mère : tv, radio, presse. Le contact s’établit lors de rituels hors contexte : quand on écoute par exemple la grand-messe du 20h, on se fait réceptacle passif de l’information et rien d’autre. La grande différence du nouveau schéma est que le destinataire est désormais actif : il demande l’information, la suscite, le cas échant la crée grâce –vous l’aurez compris- à la terre d’Arcadie du world wide web. De surcroît, il utilise l’information : elle n’est plus une fin en soi, elle n’a plus de valeur en elle-même. Là où ma grand-mère considère sa radio comme un outil pour accéder à l’information, les générations suivantes voient l’info comme un outil vers… vers quoi ? Une information enrichie ? Quelque chose en tous cas qui fera son unicité par rapport au flux intarissable dans lequel nous baignons en permanence.

Au lieu que le destinataire s’adapte aux interfaces, ce sont les interfaces qui vont s’adapter au destinataire : ce floutage permet d’intégrer le contexte de ce dernier, qui est lui-même vecteur d’information. Ce melting-pot bouillonnant peut se résumer en trois classes :

Données

Contexte

Connaissances

Info brute Légitimation (reason why) Support
Problème de maths Interro a²-b² = (a-b)(a+b)

La relation de ma grand-mère aux médias relève uniquement de la première colonne, et ne peut se développer qu’à la verticale, vers l’approfondissement toujours plus fin des données (quoique ce soit très peu vrai). Mon attitude, majoritairement contextuelle avec les deux autres colonnes, adopte une logique d’expansion horizontale vers tous types d’information.

Difficile de faire se rencontrer ces deux profils… Alors que le web nouvelle génération est censé faciliter les échanges, on constate deux discussions avortées. Ma grand-mère estime que ses enfants et petits-enfants, rivés à leur ordinateur, torpillent toute tentative de dialogue en ponctuant d’un « Je sais déjà » tranchant ses informations plus si exclusives que ça en provenance de la télé, de la presse ou de la radio. Sa discussion, dépendante du cadre de l’info (du fait que je la sache ou pas), implose comme une bulle de savon. La mienne, dans l’attente d’une élément contextuel qui en ferait la valeur ajoutée, se délite dans l’attente.

Nous sommes donc face à un conflit entre l’information comme produit et l’information comme processus. Plus la transition avance, et plus le clivage se profile à l’horizon. Alors je vous pose la question : comment rétablir le contact entre ma grand-mère et moi ?

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