Publié par : Alexis | 28 août 2008

Opinion publique, titan ou tyran…

…ou gogo ?

C’est à mon avis le point qui n’a pas, volontairement ou non, été abordé par le prestigieux panel qui a animé cette conférence au demeurant fort intéressante.

Xavier Bertrand, Raymond Boudon, Roberto Frega, Christophe Lambert, Matthieu Ricard, Thierry Saussez, Henri Weber avec comme animateur le journaliste Jacques Hébert, voici qui promettait des échanges riches autour de la question du rôle de l’opinion publique.

C’est devant un amphithéâtre comble que la conférence démarre avec quelques minutes du retard du fait du Ministre « que l’on espère ne pas être en pleine négociation avec Laurence Parisot » indique non sans humour Jacques Hébert.

Raymond Boudon lance les hostilités en faisant référence à Adam Smith et au principe de « sagesse de l’opinion ». Chacun est censé évaluer une situation à l’aune de son « bon sens » et se dessine ainsi une opinion publique impartiale. L’analyse est tempérée et assortie d’exemples et d’une pointe d’humour. Un vrai bonheur.

Et là, c’est le drame 😉

Le débat a en effet, à mon avis, un peu dévié par la suite pour ne plus considérer l’opinion publique que sous l’angle politique. Il faut dire qu’avec un Ministre, un député, un conseiller au Président et un membre de la commission Attali, le risque était élevé que cela arrive !

Et c’est là qu’au delà des points de vue exprimés, tous marqués par la qualité des intervenants qui ont l’art de s’attirer les bonnes grâces de leur audience, il m’est apparu qu’on nous prenait quand même un peu pour des buses… bref, que l’opinion publique, toute titanesque ou tyrannique qu’elle soit, se faisait encore enfimanipu-ler !

En effet, comment écouter sans sourciller deux publicitaires et deux hommes politiques vous expliquer qu’ils sont les « victimes » de cette opinion publique toute puissante qui leur dicte leur conduite et contre laquelle ils parviennent parfois, grâce à des efforts surhumains et au dépens de leur vie, à imposer leurs idées (vous savez, nous avons eu bien du mérite à imposer l’abolition de la peine de mort ma bonne dame!).

Ainsi de nous expliquer que les deux candidats à la dernière élection présidentielle seraient les premiers à avoir été imposés par l’opinion CONTRE les partis. C’est, je pense, faire bien peu de cas des candidats eux-mêmes et des formidables machines de communication mises en place par l’un et l’autre pour au contraire façonner « l’opinion publique » et forcer la main aux appareils politiques.

Hommes politiques, publicitaires et médias ont intérêt à promouvoir une opinion publique désincarnée qui représenterait le bons sens et contre laquelle il n’est possible que d’avoir tort. Ce sont en effet eux qui bien souvent lui donne vie et lui prête une « opinion » justement.

Alors bien sûr, le propos était plus nuancé. Xavier Bertrand a versé quelques larmes sur le peu de possibilité que lui donnait les médias de faire de la pédagogie. Jacques Hébert a regretté que sur les 3 000 infos qui inondent les rédactions chaque jour la presse écrite ne puisse en reprendre que 300 et la télé que 30 (il faudra quand même m’expliquer alors comment le sabotier de Saint-Ploucdu-sur-Flotte a réussi a damer le pion aux victimes d’exactions au Népal en conf de rédac’). Et Christophe Lambert a déploré (lui le pro de la com’) les erreurs de communication dont a été victime le rapport Attali.

Le sentiment demeure que la vraie question aurait dû très vite devenir comment, à touche plus ou moins nuancée, ces professionnels de l’opinion publique arrivent à lui donner les couleurs qui leur siéent. Mais demande-t-on à un illusionniste venu discourir sur les phénomènes paranormaux de nous expliquer ses trucs ?

P.S : un mot quand même sur les interventions du moine bouddhiste et traducteur officiel du Dalaï-Lama, Matthieu Ricard. Il est toujours un peu déstabilisant de confronter les enjeux qui animent une conférence comme celle d’hier et ceux qui animent sa vie au quotidien… vous avez dit frivole ?

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Responses

  1. ce que je constate, et sans être une militante féministe convaincue, c’est que tant la belle assemblée réunie aux universités du Medef que les intervenants prestigieux sont à dominante masculine… Où sont les femmes, les femmes, les femmes ????

  2. L’opinion publique doit se situer entre l’homme public et la femme publique


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