Publié par : Hervé | 4 septembre 2008

Complice, jusqu’où ?

On ne parle que de ça à la radio et à la télé et toute la presse écrite (ou presque) relaie complaisamment l’information : Paris-Match a réussi à interviewer les talibans qui ont tué les français.

Quel exploit ? Quelle honte !

Oui, j’ai honte. Tout le monde sait que l’objectif des talibans n’est pas de parvenir à une victoire militaire sur le contingent des soldats de l’ONU mais bien de mener des actions médiatiques à même de déstabiliser les pays engagés. A ce titre, cette interview n’a pas du être trop difficile à obtenir auprès de terroristes qui n’attendaient que ça.

Mais qu’apprenons-nous de nouveau dans cet article qui ne soit déjà du domaine connu ? pratiquement rien. Par contre, on joue abondamment avec les émotions en montrant les objets appartenant à nos soldats.

Est-ce bien là du journalisme d’information dont il faut féliciter les auteurs ? Certainement pas et je m’étonne de cet engouement de l’ensemble de la presse à reprendre en boucle cette information. Bien sûr, c’est du tirage et de l’audience à bon compte et Paris-Match fait certainement là une superbe opération commerciale.

On sait déjà que les médias sont, sans le vouloir, par leur capacité à s’adresser au monde entier, les meilleurs alliés du terrorisme. On sait aujourd’hui que certains pour des raisons strictement mercantiles peuvent être complices de crimes de guerre.
Oui, l’occident vendra tout, même son âme.

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Responses

  1. J’ai lu ton commentaire chez Thomas Clément et je partage complètement ton point de vue.

    Il me semble que l’information consisterait davantage à expliquer le pourquoi de l’intervention de nos forces là-bas, leurs difficultés, combien les moyens engagés sont à revoir face à cette guérilla qui ne dit pas son nom et l’importance du Pakistan pour l’avenir.

    Il y a tellement plus de choses à dire que de montrer une montre dans les mains d’un taliban et faire de l’émotion bon marché qui ne fera qu’attiser une haine stérile.

  2. Sur le traitement de l’information et les méthodes de communication des talibans, voir « Le tam-tam des Talibans » sur bakchich.info : http://www.bakchich.info/article4932.html

    Des relations presse efficaces avec des moyens sans doute aussi efficaces que la rédaction de Paris Match…

    Bon courage

  3. Sur ce sujet, un élément d’information sur bakchich.info par Anne Giudicelli : comment les talibans, de leur côté organisent la communication « en interne » et vers l’extérieur sur leurs actions.

    Il est à croire que l’appui de l’ISI et la vente de l’héroïne leur donnent une puissance médiatique comparable aux grandes agences de relations publiques occidentales.

    A lire donc : http://www.bakchich.info/article4932.html

  4. Eh bien quoi ? Pourquoi reprocher à Paris Match de montrer ainsi l’absence totale de pudeur et de sens civique d’un journal qui ne vit que par le nombre de ses ventes. On ne peut tout de même pas reprocher aux poules de pondre quand même ?

    J’avoue, à ma grande honte finalement, n’avoir été ni choqué ni déçu par le traitement fait par Paris Match de cette affaire. Certes, je me doute que l’absence de traitement de fond, le sensationnalisme à l’excès et les photos chocs sont une marque de fabrique reconnu de cette parution. Par contre, j’ai été intéressé et cette fois-ci très choqué par le traitement qu’en ont fait d’autres médias.

    je m’explique. Il paraît dans un magazine des photos de talibans paradant avec les effets pris sur nos soldats (vivants, blessés ou morts). Jusque là, je reste assez convaincu que dans tout accrochage de bandes armées entre elles, constituées ou non en forces organisées, les vainqueurs paradent. Après tout, la mode vient de la Rome Antique et n’a pas passé depuis.

    Par contre, les reportages télévisuels montrant les familles éplorées des soldats tués avaient quelque chose de choquant. je reconnais, pour l’avoir pratiqué, que la mort d’un proche est un drame, que la mort d’un jeune est un gâchis et que la mort d’un soldat reste une épreuve pour ceux qui restent.

    Mais quoi ? Ces femmes ont quand même bien épousé des soldats ? Les familles sont bien au courant que leur proche est soldat de métier ? Oui ? Alors pourquoi ces propos sur le « c’est dégueulasse », « pourquoi lui » ?

    Le but premier d’un soldat est de combattre, d’obéir aux ordres de sa hiérarchie et d’être capable à tout moment de donner sa vie pour la défense de son pays ou des ses engagements internationaux. Et voilà qu’on s’indigne que des soldats meurent ? Si cela est un drame, il n’en reste pas moins que cela s’inscrit dans l’ordre des choses. Un pompier qui meurt au feu est un héros qui fait son devoir, alors qu’un soldat qui meurt en Afghanistan pour défendre les valeurs de la République n’est qu’un paumé qu’on a envoyé là-bas se faire trouer la peau pour apaiser des tensions atlantistes mals gérées ? Je trouve que cela ne rend absolument pas hommage au travail de terrain remarquable de nos hommes, et à leur dévouement aux tâches qui leur incombent et plus encore. Pour connaître certains de ces hommes, il n’y vont pas de gaieté de coeur mais savent qu’ils doivent faire ce qu’on leur commande. Là est leur honneur et leur engagement.

    Qui sommes-nous pour ne pas nous taire et les respecter ?

  5. Bonsoir mon cher JM et merci pour vos commentaires de haute tenue – je précise que mon propos est sincère pour les cyniques du web.

    Le scandale, car c’en est un, du reportage de PM ne tient pas tant dans le fait de voir des vainqueurs parader mais dans le fait que ce soit l’un de nos principaux médias qui donnent une tribune libre aux Talibans et leur donne l’occasion de parader. Le terrorisme ne peut réussir que s’il trouve un média/moyen de véhiculer son message de terreur et c’est là que PM a manqué de discernement.

    Nos médias ont ensuite accumulé les bourdes en s’apitoyant sur le sort de nos « pauvres soldats » (et en accumulant les inepties comme dire qu’ils n’étaient pas prêts – nous avons une armée de métier avec une formation de premier ordre en dépit des problèmes budgétaires et ces jeunes soldats étaient préparés). Cela démontre une chose : dans la guerre de civilisation qui est à nos portes, nous ne sommes tout simplement pas préparés psychologiquement et c’est une des raisons pour lesquelles nous risquons fort de la perdre.

    Pour finir sur PM : le problème est le même : une presse a courte vue prête a tout pour conquérir de l’audience en dépit du bon sens et d’un vrai sens du journalisme d’investigation, incapable remettre les choses dans leur contexte, quitte à se faire manipuler.

  6. […] va donc recycler un commentaire que j’avais fait après la parution par Paris Match de photos des talibans avec les effets […]


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