Publié par : Laurent | 9 septembre 2008

Droit d’honneur ou doigt d’honneur ?

Le licenciement abusif du dessinateur de Charlie Hebdo, Maurice Sinet dit Siné, a agité le monde médiatique durant l’été. Il fallait être pour ou contre : les journalistes et les caricaturistes prenaient parti, la blogosphère s’est étripée sur la question de l’antisémitisme ou non de Siné.

Voilà que le provocateur est de retour prochainement avec Siné hebdo, et compte bien continuer de – je cite sa ligne éditoriale – « chier dans les bégonias, sans se soucier des foudres et des inimitiés de tous les emmerdeurs ». La liste des contributeurs promet un contenu caustique ou du moins décalé, parmis lesquels Guy Bedos, Philippe Geluck, Christophe Alévêque, Jackie Berroyer, Benoît Delépine, Isabelle Alonso, Michel Onfray, ou encore Delfeil de Ton. A bon entendeur…

Siné a déja lancé son site, mais sans véritable contenu pour l’instant. Le magazine est quant à lui attendu pour le 10 septembre. Tiens, c’est un mercredi … le même jour de parution que Charlie Hebdo.

N’ayant jamais été lecteur de Charlie Hebdo, je ne pense pas lire ce nouveau journal satirique.

En revanche, il m’arrive de lire Libération. Et au risque de paraître « vieux jeu » (j’en vois déja qui rigolent) mais la photo choisie pour illustrer l’article sur Siné m’a génée.

Sur le principe du « c’est pas moi, c’est lui », Libération a retenu une photo de Siné faisant un doigt d’honneur. A qui ? On le devine aisément.

Même si le geste du dessinateur – qui sera aussi à la une du premier numéro de son journal – correspond bien au personnage et à sa publication, et participe certainement de sa campagne de communication au moment du lancement du journal (la preuve j’en parle) – il n’en reste pas moins un geste déplacé, vulgaire et jugé comme choquant.

Certes, on peut trouver que les insultes ont perdu de leur poids et leur impact avec l’évolution de notre société et de notre langage. Et par conséquent, la gestuelle dont je parle s’est peut-être à ce point banalisée qu’elle ne choque plus autant.

Elle choque moins que les photos de Talibans, c’est certain.

Cette violence gestuelle et verbale fait partie de ces faits qui laissent penser que nous sommes dans un monde en pleine dérèglementation de l’ordre social. Est-ce le rôle de Libération – et des médias en général – que d’y participer en publiant ce genre de cliché ? En le banalisant ?

On est également en droit de se demander si cela donne une bonne image de la presse ?

Je ne pense pas. Bien au contraire d’ailleurs.

On pourrait rajouter que le doigt d’honneur est souvent présent dans les pages des magazines people, sans que d’ailleurs personne ne s’en offusque. Et force est de constater qu’avec le chauffeur (chauffard?) parisien, le « people » est le plus grand supporter du doigt d’honneur comme moyen d’expression simple, rapide et ciblé.

Et si finalement, le doigt d’honneur était un peu comme le twitter de l’insulte : une forme de communication synthétique, ciblée et efficace? Peut-être. Et peut-être alors qu’on se tromperait sur la signification du signe.

Car je vais tout de même reconnaître un mérite à Libération. Celui de m’avoir conduit à me poser la question – dont je vais vous livrer bien entendu la réponse – de savoir : pourquoi fait-on un doigt d’honneur ?

L’explication la plus répandue et la plus convaincante que j’ai trouvée est la suivante :

Pendant la guerre de Cent ans (116 ans en fait, de 1337 à 1453) opposant l’Angleterre et la France, les Français avaient l’habitude de couper l’index et le majeur des archers anglais fait prisonniers pour qu’ils ne puissent plus utiliser leur arc. Avant une bataille, les deux armées se faisant face, les archers Anglais avaient l’habitude d’exhiber leur index et leur majeur pour provoquer les Français et les inviter à venir les leur couper !

Si le doigt d’honneur anglais est encore fait avec ces 2 doigts, seul le majeur est resté dans ce geste de défiance en France.

De nos jours le doigt bien haut est perçu comme obscène et sous la ceinture, alors qu’il était à l’origine bravade et provocation, invitation à la confrontation directe façon « viens-là si tu l’oses ».

Aujourd’hui le courage manque peut-être… pas le mépris !

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