Publié par : Alexis | 13 octobre 2008

Les temps changent

En plein Etats Généraux de la presse, Le Monde titre en Une de son édition de samedi dernier sur l’audience de son site www.lemonde.fr. On imagine aisément que le fait que ce dernier arrive en tête au nouveau classement de l’OJD des sites d’information n’y est pas tout à fait pour rien.

Mais élargissons un peu notre perspective…

Selon les chiffres de l’OJD, lemonde.fr totalise 38,4 millions de visites sur le mois de septembre contre 18,4 millions pour lefigaro.fr, 11,3 millions pour liberation.fr, 9,4 millions pour nouvelobs.com et 7,3 millions pour 20minutes.fr. A noter au passage que la filiale du Monde créée spécialement pour Internet, LePost.fr, ne recueille « que » 4,6 millions de visiteurs sur la même période.

Le Monde est donc très fier de devancer ses petits camarades et se fend d’un rappel en Une et d’un quart de page pour nous expliquer que, bon, c’est pas qu’on compare mais la nôtre est quand même plus grosse (nous parlons bien sûr de la fréquentation).

Mais il est tout de même troublant, au-delà de l’exercice comptable, de mettre en parallèle ce succès indéniable du site du Monde avec le recul du tirage du quotidien papier (505 763 ex en 2004 contre 439 250 ex annoncés en 2007/2008), une pagination à la baisse (une trentaine de page contre plus de quarante dans les années 80), les 130 licenciements du début d’année et la baisse catastrophique des revenus du Groupe Le Monde qui est en déficit chronique.

En effet, il devient apparent que la chute des revenus publicitaires du papier n’est pas compensée par ceux d’Internet. Il est alors préoccupant de voir le « online » phagocyter le « print » car on ne peut s’empêcher d’y voir une paupérisation, à terme, des moyens du Monde et donc, logiquement, du contenu du journal qui se veut encore de « référence ».

Comment, en effet, maintenir un tissu de correspondants et de grands reporters assez dense pour mener des enquêtes de fond et aller dénicher l’information là où elle se trouve (et non relayer les rumeurs d’Internet et les dépêches AFP) ? Comment attirer à soi avec des salaires et des moyens significatifs des « signatures » au carnet d’adresses fournis ayant leurs entrées dans les cabinets ministériels et les comités de direction des grands de ce monde ? Comment donner la place nécessaire à des « experts/penseurs/acteurs » pour, sur un grand sujet d’actualité, pouvoir confronter les points de vue et les opinions sur 2 ou 3 pages ?

Le succès des versions en ligne des quotidiens est le signe (positif) que nos grandes rédactions ont su enfin prendre le virage du numérique et nous devons nous en réjouir. Il est cependant également le révélateur a contrario du chemin qu’il reste à parcourir pour redonner au papier une place prépondérante et lui trouver sa « niche » et les usages qui feront que nous le préfèrerons de temps en temps au en ligne. Il est désormais criant que ce média n’est plus adapté à une gestion de l’actualité « chaude » et que c’est dans l’analyse et la mise en perspective qu’il trouvera son salut. Cela est-il incompatible avec le format quotidien ? Ce qui est sûr, c’est que le modèle économique, lui, reste visiblement à inventer…

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Responses

  1. Bonjour,
    La solution ne réside pas dans l’adaptation des médias traditionnels sur le NEt, mais viendra plus sûrement avec la naissance de marques nouvelles; des pur player, comme l’on dit, ayant des structures légères et redonnant leur vraie place aux journalistes. Vous connaissez la structure de coûts d’un grand journal. Le problème est très facile à repérer : fabrication/conception + salaires très élevés des chefs + aberration de la rémunération des cadres de la régie, sans parler des locaux etc.
    Bien à vous

  2. A terme, peut-être. Mais je n’enterrerais pas de suite le print et je crois même qu’il recèle en son sein l’avenir du web d’information car je ne suis pas du tout sûr que l’avenir se niche au sein de structures « légères » pour assurer une information diversifiée et de qualité.

    L’investigation requiert du temps et des moyens, beaucoup de moyens. Et c’est là que l’expérience des journaux papier pourra faire la différence à condition qu’une vraie réflexion ait lieu sur l’association des deux supports.

    Nota bene : je parle bien ici de journalisme et ce n’est pas parce qu’une partie de la presse traditionnelle a cru bon de se transformer en « sous site web » en relayant sans valeur ajoutée des dépêches AFP que ce type de relais d’info peut soudain être qualifié de journalisme. Ce type de structure légère est d’ailleurs en bien mauvaise condition et amené à disparaître à moyen terme du fait de son absence de facteur différenciant… liée à son manque de moyens.

    Il est certain qu’une fois la tempête passée sur les médias traditionnels (et suite à l’écrémage requis), la sélection/concentration se fera également en ligne et seuls les sites d’information de qualité ayant su trouver des sources de financement conséquentes survivront.

    Je précise que nous discutons des sites d’INFORMATION, pas des espaces de discussion/échanges/etc. Loin de moi l’idée de déclarer la mort des blogs – quelle idée stupide, n’est-il pas ? ;-).

    Bref… qui vivra, vole un boeuf (ou quelque chose comme ça).


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