Publié par : Nicolas | 15 mai 2009

Les médias en ligne en quête de financement : la fin du tout gratuit ?

Ou plutôt devrait-on dire les versions web des médias classiques, car c’est bien de ceux-là qu’il s’agit. Rupert Murdoch, patron du géant mondial des médias News Corp (Fox News, Wall Street Journal, New York Times, The Sun…) a en effet annoncé que d’ici 2010, de nombreux sites de son groupe allaient rendre une partie de leur contenu accessibles uniquement par micropaiement.

En effet, la presse en ligne peine toujours à trouver un modèle économique viable à long terme, puisque dans le cas des médias présents à la fois physiquement et en ligne, le web bénéficie gratuitement des structures du print et d’une partie de ses contenus, sans parler de la publicité naturelle grâce à l’effet de marque.

Si cette présence assurait jusqu’à présent la notoriété et trouvait une forme de retour avec des revenus publicitaires liés au trafic (insuffisants, les volumes de revenus étant incomparables car la publicité en ligne est à prix dérisoire), la crise économique a vu les budgets publicitaires fondre et accentuer le besoin de stopper l’hémorragie des contenus exploités gratuitement par Google News (qui de son côté vend de la publicité) et le besoin de trouver des revenus additionnels.

Le choix du micro-paiement permettrait ainsi des rentrées régulières. Les Echos ont déjà fait ce choix de contenu accessible par abonnement ou paiement depuis longtemps. En France, les pure players du web sont dans une situation très précaire faute de revenus suffisants et stables, voir à ce sujet le petit panorama dressé par écrans sur trois modèles économiques en ligne : gratuit (Rue89), mixte (Bakchich), par abonnement (Arrêt sur Images).

Alors le payant a-t-il un avenir dans le monde en ligne ? Le modèle dit « freemium » qui propose une version classique gratuite et une version avec davantage de fonctions et un accès à l’ensemble des contenus peut fonctionner. Les deux principales questions seront les volumes (d’achat et du contenu qui sera premium) et le réglage de la tarification, un exercice toujours délicat. Murdoch peut se permettre ce type de politiques en raison de son assise mondiale large dans le secteur des médias, mais quel serait le niveau de défection si Le Monde faisait de même ?

Les risques avancés par les détracteurs de cette nouvelle politique sont de plusieurs natures et plus ou moins justifiés :

  • un divorce avec les lecteurs en ligne qui par principe ne veulent pas payer : c’est en effet incontournable, le taux de visite baissera sensiblement
  • une baisse des revenus publicitaires en ligne accentuée par la baisse des visites suite au premier point : tout à fait probable
  • le lectorat qui passe à la concurrence restée gratuite : mais quid de la ligne éditoriale alors ? On ne passe pas de la Croix à l’Huma juste pour une raison financière
  • la concurrence des blogs d’amateurs éclairés : c’est un fantasme total. Qui fera des reportages, des enquêtes de terrain ? Sur ses RTT, avec l’héritage de mamie ? Allons, soyons sérieux. L’information, sa détection, son recueil, son traitement et sa mise en forme nécessitent du temps et des moyens. Les blogs sont média dépendants.
  • la perte du lien avec les lecteurs et par contrecoup un moindre participation dans les commentaires : pour ce qu’ils apportent d’intéressant… De toute façon les journalistes ne participent activement pas à cette relation avec les lecteurs dans les commentaires, le principe n’est donc pas réellement communautaire car il n’engage pas l’entreprise.

Le pari de Murdoch semble donc plutôt être un risque maîtrisé, nous verrons si d’autres lui emboîtent le pas en France.

Finissons donc sur une touche positive et à contre-courant total de la crise des médias : signalons la belle réussite du magazine trimestriel XXI, vendu 15€ le numéro en librairie (quand on le trouve !), avec un tirage assez faible (environ 30 000 exemplaires) et un positionnement très qualitatif grâce à des contenus à la fois riches et denses. La jeune journaliste Sophie Bouillon vient d’obtenir, pour son enquête sur le Zimbabwe parue dans cet ovni médiatique, le Prix Albert Londres. Et le magazine a dégagé des bénéfices dès son premier exercice tout en investissant dans des reportages fouillés. Preuve que la qualité et l’indépendance ont un coût, mais ça paye.

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