Publié par : Tom Doron | 4 février 2010

La petite maison dans le Périgord : le pré-bilan d’un communicant sur le « huis clos sur le Net »

La petite maison dans le Périgord

Voilà quatre jours que les journalistes Anne-Paule Martin, Benjamin Muller, Janic Tremblay, Nicolas Willems et Nour-Eddine Zidane se sont constitués « prisonniers » des réseaux sociaux Twitter et Facebook.

Privés de toute nourriture médiatique traditionnelle (presse papier, radio et télévision), nos journalistes ne semblent pas avoir subi de mauvais traitement. Masochisme ou esprit pionnier, c’est une question de point de vue ! Personnellement, une semaine dans un gîte isolé du Périgord ne m’aurait pas déplu…

Un premier bilan doit tomber dès demain sur les ondes et antennes de la Radio Télévision Suisse, de France Info, de Radio Canada, de la Radio Télévision Belge et de France Inter.

Dans un contexte de surabondance de l’information, l’objectif fixé est, comme le rappelait récemment Benjamin Muller dans Le Monde, de jauger la hiérarchie, la fiabilité et l’exhaustivité de l’information sur le Net.

A la veille du retour dans leurs rédactions de nos cinq comparses, on a beaucoup parlé, écrit, lu, vu et entendu sur le laboratoire périgourdin, mais rien sur le rôle et l’impact de la communication dans le déroulement du projet. Et pourtant, elle a joué un rôle essentiel et aurait pu donner un tout autre écho de ce « huis clos sur le Net ».

Une stratégie de communication inadaptée ?

De rumeurs plus ou moins bien intentionnés (ça fait partie du jeu) en critiques pas toujours très constructives (le « lobby » des médias traditionnels « tacle », façon MAM, les nouveaux médias), la tâche a pu paraître artificielle. Avant même le début de l’aventure, le sujet enflammait la twittosphère (francophone) et #HuitClosNet (oui, huit…sic) figurait même dans le top 5 des hashtags les plus populaires de la semaine.

L’opération n’a cependant pas reçu la considération qui lui revenait car elle n’a pas su se « vendre ». Les commentaires « amusés » et les nombreuses analogies avec la téléréalité qui ont envahi le Web – et la presse ! – en témoignent : « de la merde en tube, aussi pertinent que de vivre sur une île déserte avec équipe de tournage et médecine hors caméra« , « #huitclosnet, c’est comme Loft Story mais sans le cul« , « la Ferme des journalistes » ou le « Koh Lanta des médias« .

Il aurait été beaucoup plus intéressant de ne dévoiler les tenants et les aboutissants de l’opération que demain. Nos journalistes auraient ainsi pu éviter de concentrer l’attention bienveillante/malveillante d’un public qui a forcément entravé leur travail d’observateurs. La nature-même des réseaux sociaux, souvent montrés du doigt quant à la fiabilité des informations qu’ils délivrent, appelait à une prise de parole rétroactive. Cette approche aurait permis de se concentrer sur la construction d’une véritable réflexion sur l’intégration des nouveaux médias et des réseaux sociaux dans le paysage médiatique, sans en exacerber les vices…

Cela aurait également permis d’éviter la critique infondée – mais si prévisible – qui a vu d’emblée dans cette démarche une arrière-pensée intéressée des médias traditionnels désireux de marquer leur supériorité sur Internet. Car il ne s’agit pas de concurrence, mais bel et bien de complémentarité, et les médias traditionnels valorisent d’ailleurs depuis quelques temps déjà leurs blogs, leurs pages Facebook et leurs fils Twitter.

Un laboratoire permettant de tester les limites et les opportunités des nouveaux réseaux

Roi des réseaux sociaux, Facebook concerne aujourd’hui un internaute sur trois. Idéal pour garder contact avec ses ex-collègues, sa famille, ses amis, etc., il représente un formidable outil communautaire, une mine d’informations.

Mais est-ce pour autant une source réellement exploitable pour un journaliste reclus au fin dont du Périgord ? J’en doute sérieusement. A l’inverse de Twitter, réel outil d’alerte en temps réel sur l’actualité. Du décès de Philippe Seguin au tremblement de terre à Haïti, Twitter a montré sa valeur en tant que source.

Twitter a-t-il pour autant montré sa fiabilité ? Non, de toute évidence. Nour-Eddine Zidane présentait sur le blog de « huis clos sur le Net » un cas d’école très parlant. D’un tweet relatant une explosion à Lille, le journaliste a ainsi recensé des dizaines d’hypothèses, de l’explosion d’une centrale nucléaire à celle d’un immeuble suite à une fuite de gaz en passant par un mauvais coup de … Chuck Norris, jusqu’à ce que La Voix du Nord vienne remettre de l’ordre dans cette cacophonie informative !

Finalement, l’opération aura rempli l’objectif que rappelait Benjamin Muller et, à la veille du bilan, il est évident :

  1. que les médias sociaux ne hiérarchisent pas l’information,
  2. que celle-ci n’y est pas vérifiée (elle n’est donc pas fiable en l’état)
  3. et que la nature arbitraire de ces réseaux lui ôte toute exhaustivité.

En ce sens, si l’on trouve absolument tout sur le Net, il faut savoir en maîtriser les outils et les codes. C’est exactement ce que démontre une autre réflexion, dans laquelle Anne-Paule Martin évoque la qualité de l’information en ligne et plus spécifiquement la question du choix, qui pousse un journaliste à suivre ou non une éventuelle source, à l’issue d’une vérification simple :

  1. plus on twitte, plus on est crédible,
  2. faire simple et intéressant attire plus,
  3. plus on a de followers, plus on a de chance d’intéresser,
  4. l’orthographe et l’emballage ne font pas de mal non plus !

Twitter, Facebook et les réseaux sociaux en général sont une formidable opportunité d’informer, de s’informer, d’échanger et de communiquer. Pour bien informer, bien s’informer, bien échanger et bien communiquer, il faut apprendre certaines règles. L’une d’entre elles est justement que les réseaux sociaux n’ont pas pour vocation de remplacer les médias traditionnels.

Le « huis clos sur le Net » a mobilisé des journalistes comme il aurait pu mobiliser d’autres personnes. Le fait que des journalistes se soient prêtés au jeu est en revanche capital, en ce sens qu’ils remplissent ici leur devoir et rappelle le sens de leur métier (que l’on oublie parfois face à la surabondance de l’information et aux préoccupations financières des groupes de presse) : hiérarchiser, recouper, vérifier, informer.

Comment, s’ils ne s’approprient pas les déclinaisons de l’information, comme à travers ce « huis clos sur le Net », pourraient-ils assumer cette fonction de garde-fous de la-dite information au sein de notre société  ?

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