Publié par : Tom Doron | 12 février 2010

Une démonstration de « stunt journalism » signée Florence Aubenas

Florence Aubenas publie le 18 février prochain un livre intitulé Le Quai de Ouistreham.

Derrière ce titre peu évocateur,  la journaliste revient sur une enquête menée en Normandie six mois durant. Elle y explore la précarité à travers les yeux d’une femme de ménage prise dans l’engrenage insensé des contrats de travail à durée systématiquement déterminée…

Dans le rôle principal : la journaliste elle-même qui, une fois son personnage au point de quadragénaire sans autre qualification qu’un illusoire baccalauréat, remet son destin entre les mains du Pôle Emploi, dans l’espoir d’obtenir le sésame d’une stabilité non mois précaire mais rassurante : le CDI.

L’ex-otage en Irak a ainsi choisi de donner une image concrète et humanisée d’une crise dont on nous rebat les oreilles depuis trop longtemps à grands coups de fluctuations chiffrées. Son témoignage relate l’observation empirique de la société et de ses ghettos, au rythme de coups de balais où la loi de la jungle a semble-t-il pris le contrôle des horaires et des salaires.

Florence Aubenas signe là un ouvrage utile. Utile socialement, car son contenu dresse le portrait sans appel d’une société de fractures, mais utile aussi d’un point de vue journalistique, car la démarche employée dépoussière une fonction quelque peu oubliée du journaliste au sein de la société.

Si l’on vous posait la question de la fonction des médias au sein de la société, que répondriez-vous ?

N’avez-vous pas l’impression qu’à force d’analyser la crise des médias et de faire le décompte des réductions d’effectifs, des pertes financières et autres baisses des investissements publicitaires au profit d’un Net en plein boom, on en oublie le rôle que tiennent le journaliste et les médias au sein de la société ?

Notre femme de ménage met bien en évidence cette responsabilité sociale, dans une démarche typiquement « immersionniste », qui n’est pas sans rappeler les grands moments du « stunt journalism » à la Nellie Bly. En d’autres termes, Aubenas nous offre une belle démonstration d’un journalisme qui décrit de l’intérieur un phénomène maintenu à l’extérieur des ordres du jour politiques et médiatiques, brisant une objectivité propre au journalisme traditionnel tout naturellement sclérosante et limitante.

Ce journalisme qui ne fait pas de quartiers met en lumière ce que la société tient caché. C’est en ce sens qu’il est utile, même s’il appelle instantanément à se poser la question des limites des méthodes employées, que d’aucuns jugent comme trompeuses (Nellie Bly a été jusqu’à se faire enfermer à l’hôpital psychiatrique de Blackwell’s Island pour en dénoncer les dérives).

Ce n’est ni plus ni moins qu’une forme de journalisme « civique », apparu aux États-Unis à une époque où les médias étaient confrontés à une crise de crédibilité – matérialisée par le désintérêt des lecteurs et la chute du nombre de titres – remettant en cause la qualité de la couverture de l’information. A l’heure où une nouvelle crise des médias redessine notre rapport à l’information,  leur « webisation » induirait un renouveau de la dimension « citoyenne » des médias. C’est en tout cas ce que semblent indiquer les nouvelles pratiques du Web, la blogosphère en est une parfaite illustration…

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Responses

  1. […] Une démonstration de « stunt journalism signée Florence Aubenas « SmallTalk – 3d Communication https://3dcom.wordpress.com/2010/02/12/une-demonstration-de-stunt-journalism-signee-florence-aubenas/ […]


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