Publié par : Bénédicte | 15 avril 2010

La philosophie au secours de l’économie !

« Il y a un manque évident de culture économique qu’il faut absolument combler », déclarait récemment dans Les Echos Luc Chatel, ministre de l’Education Nationale.

Ainsi, dans le cadre de la réforme des lycées, tous les élèves de seconde vont bénéficier à la rentrée 2010 d’un enseignement d’économie avec une refonte des programmes à la clé.

«  J’ai voulu l’économie pour tous ( …/…), c’est une évolution majeure. La grande nouveauté, c’est de donner les clés pour comprendre le monde. Il y a un manque évident de culture économique qu’il nous faut absolument combler. Nous allons le faire, en présentant le monde économique dans toute sa diversité. L’entreprise est parfois vécue par les jeunes comme un monde hostile. A nous de la leur montrer dans son rôle d’acteur économique, de créateur de richesse, dans toutes ses dimensions, y compris sociales », ajoutait-il dans ce même quotidien.

A la bonne heure ! Nous voilà sauvés !

Comme si un enseignement en économie allait nous « donner les clés pour comprendre le monde » ? Voilà une réforme bien symptomatique de ce que le gouvernement veut donner de sa vision du monde : un monde ramené à sa dimension économique. Un point c’est tout. Une vision finalement très capitaliste que la crise n’aura en rien érodée, manifestement.

« L’entreprise vécue comme un monde hostile ? » Le malaise vient-il vraiment de lacunes des jeunes en économie ou ne proviendrait-il pas plutôt de la difficulté existentielle qu’ont les hommes à vivre en société, à se « positionner », à « être », qui plus est dans une entreprise où parfois, les tensions et rivalités peuvent être exacerbées ? Ne le serait-elle pas moins si l’on introduisait dans les programmes, dès la seconde, un enseignement de la philosophie et des grandes idées pour nous apprendre à mieux vivre, y compris au sein de l’entreprise ? Je ne parle pas de la « philo » dispensée en terminale, reléguée au rang de « matière scolaire », écartée de la culture commune, et qui ne porte d’ailleurs que sur les théories abscondes des « maîtres » philosophes. Je parle de l’enseignement des Idées qu’ont eues certains penseurs de génie, dès les stoïciens grecs, tellement fortes et visionnaires qu’elles ont influencé le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, l’ont façonné même d’une certaine manière. Je parle aussi d’une école de la sagesse, d’une discipline de vie telles qu’elles existaient dans l’Antiquité, quand le philosophe enseignait au milieu de la Cité.

Comprendre le monde, notre Temps, le « terrain de jeu » où se déroule l’existence. Comprendre aussi  les règles du jeu et trouver la « finalité du jeu » (quel sens donner à tout cela), se servir finalement de cette matière réflexive pour affronter le réel. C’est en cela que nous avons à apprendre beaucoup plus des philosophes que des économistes, justement pour mieux vivre au sein de l’entreprise.

A l’heure des cellules psychologiques de crise, où chacun se voit sommé d’épancher son âme et de « faire son deuil » au moindre traumatisme, à l’heure de l’élaboration de plans d’entreprise pour limiter les « risques psycho-sociaux », il est bon de rappeler que nos convictions, nos valeurs, nos réactions face à la contrariété, face à la maladie, à la mort, à la souffrance, trouvent toutes leurs racines dans les réflexions des penseurs depuis l’Antiquité, christianisme compris au passage qui a tout de même exercé son pouvoir sur la Pensée pendant 15 siècles ! (mais c’est un autre débat).

Alors, n’en déplaise à Monsieur Chatel, l’étude des Idées, quête certes laborieuse et quotidienne d’une vie éclairée, est indispensable, me semble t-il, pour, non seulement mieux « comprendre le monde » mais de surcroit apprendre à bien vivre dans ce « monde hostile » que seraient les entreprises en particulier. Combler « absolument » le « manque en culture économique » ne changera rien à l’affaire.

A bon entendeur, salut !

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Responses

  1. J’aimerais apporter quelques nuances à ce commentaire.
    Que la Philosophie soit une meilleure source d’inspiration que l’Economie telle qu’elle est vue par Luc Chatel (ou nos dirigeants en général) ne fait pas de doute.
    Mais inclure l’économie dans l’éducation généraliste peut aussi apporter beaucoup et aller dans le même sens.
    L’Economie est sacralisée aujourd’hui comme un projet de société et tient lieu de Politique alors qu’une politique ne peut être que Sociale (au sens le plus large du terme) et l’économie (sans majuscule) ne peut être qu’un moyen de réaliser son projet Politique.
    Le capitalisme a depuis longtemps perverti le débat politique en idéologisant des questions techniques.
    Si l’éducation joue son rôle et sait rester neutre, elle peut aussi ramener l’économie à son rang de technique et la désacraliser ainsi.
    Si nos enfants avaient dans la même journée une éducation philosophique et une éducation économique, la remise en perspective et la différence entre un idéal et un moyen technique risque de leur sauter aux yeux.
    Je ne suis pas certain que ce soit dans les attentes de Luc Chatel mais on n’est jamais à l’abri de l’effet pervers d’une stratégie…!

    J’avais cru lire dans la version initiale de l’article du 15 avril sur ce blog quelque chose comme « deviendrais-je anti-capitaliste? ». Dommage que cet aveu ait depuis disparu… j’aurais aimé y ajouter de façon à peine ironique: « pourquoi si tardivement? ».


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