Publié par : Christophe | 30 août 2010

What You Search Is What You Read

Les recherches des internautes vont-elles dicter l’actualité du Net ?

Les fermes de contenus ou usines à infos ont pour objectif de produire de façon industrielle des contenus rédactionnels low-cost en fonction du nombre de requêtes que ces sujets génèrent sur les moteurs de recherche, cela en vue d’attirer des revenus issus de la publicité en ligne.

Printemps 2010, Yahoo! annonce le rachat d’Associated Content pour un montant de 100 millions de dollars. Le portail collaboratif Associated Content se positionne comme un média à part entière et revendique 380 000 contributeurs ayant couvert plus de 6000 sujets, 50 000 articles pour 16 millions de visiteurs uniques par mois. Une puissante machine à référencement. Les contenus sont rémunérés entre 2 et 15 dollars avant publication puis 1,5 dollars à chaque millier de pages vues enregistrées.

Juillet 2010, Yahoo! lance ainsi aux Etats-Unis son blog d’actualités « Upshot » géré par 6 blogueurs et dont une partie des thèmes et des contenus sont dictés par un algorithme pointant vers les sujets drainant le plus d’occurrences sur les moteurs de recherche. L’optique de Yahoo! est clairement de fusionner son flux d’information à ses services de messagerie et son moteur de recherche tout en espérant attirer de la sorte davantage d’annonceurs.

Suivant la même démarche, AOL a pour sa part lancé sa propre ferme de contenu « Seed ». Celle-ci s’appuie sur l’algorithme de la start-up Demand Media qui est en mesure de déterminer le prix qu’un annonceur potentiel serait prêt à payer pour apposer ses publicités à côté d’un « article » ou d’une vidéo. Les sujets rédactionnels, mais aussi le salaire des contributeurs, sont déterminés par ce calcul.

Côté européen, l’offensive s’organise. De nombreuses sociétés souhaitent calquer ce nouveau modèle économique, mais à ceci près qu’elles produisent une base de données de contenus générés à la fois en fonction des recherches sur Internet, mais aussi à partir du contenu des publicités d’éventuels annonceurs. Deux acteurs se sont engouffrés sur ce créneau de la production massive et participative de contenus sur des sujets censés répondre à l’attente des internautes : GoAdv (Allez la pub ?…) et Suite101.

En France, OverBlog s’apprête à lancer à la rentrée le site « les-experts.com » qui pourra compter sur ses 1.5 millions de blogueurs et qui a pour ambition de devenir une sorte de Wikipédia publicitaire. Sur la base d’articles généralistes ou pratiques, les rédacteurs contributeurs seront rémunérés sur la base d’un fixe à réception du papier puis par rapport aux recettes générées par les publicités présentes côtoyant leur article. Pour d’autres, la rémunération se fera en fonction du nombre de clics générés.

Pour le moment, les sujets ne dépendent pas de l’actualité (car non lucrative) ; les contenus concernent essentiellement des guides pratiques, astuces, articles sur demande pour attirer des annonceurs (mode, people, sexe..) voire, pire, des enchainements de mots-clés porteurs pour ces derniers.

Ces nouveaux schémas économiques écornent bien sûr la déontologie journalistique. Cette manne financière attire certes des passionnés et experts de certains domaines, mais aussi un bon nombre d’internautes attirés par des revenus financiers complémentaires, les tarifs par « article » variant de 5 à 150 euros selon leur taille, le contenu rédactionnel et surtout en fonction de la pertinence du sujet sur les moteurs de recherches.

Les lecteurs auront ainsi accès à une information à deux vitesses, l’une gratuite sans véritable analyse et l’autre payante mais rédigée et validée par de vrais journalistes. Pour tirer son épingle du jeu, la presse classique devra par conséquent mettre en avant la qualité des articles produits par des journalistes professionnels. Aux dernières nouvelles, Hachette Filipacchi et USA Today ont déjà signé des accords avec Yahoo!

Les journalistes vont-ils être payés au résultat ? Nous dirigeons-nous vers de nouvelles formes de publi-rédactionnels ? Ces nouveaux sites d’actualité vont-ils capter les revenus publicitaires (déjà minimes) des sites d’actualité classiques ? La fracture numérique va-t-elle conduire à une fracture informationnelle ? Ces nouveaux médias nous le diront !

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