Publié par : Alexis | 18 avril 2012

Vous prendrez bien un peu de « va te faire enc… » pour le goûter ?

Scène traditionnelle de la vie quotidienne : 16h30, sortie d’école, les enfants montent en voiture, vous démarrez et là… « Papa, pourquoi le monsieur il a dit ‘putain’ ? C’est un « romo » putain, hein Papa ? », demande votre petit Nathan du haut de ses 4 ans, vous arrachant à vos rêveries sur le meilleur moyen de résoudre les problèmes du dossier Schmuldu. « Le monsieur ? Quel monsieur ? », pensez-vous, affolé. Parle-t-il du petit Kevin dont votre femme n’a de cesse de dénoncer la mauvaise influence, en particulier du côté des « romos » ? Du maître assistant qui vous a toujours paru un peu louche avec ses dreadlocks et que vous soupçonnez de ne pas fumer que du tabac ? Perplexe, c’est alors que vous entendez soudainement résonner dans la voiture un : « Quelle est la différence entre une pute et un flipper ? »* qui ne vous laisse que quelques dixièmes de secondes de panique pour éteindre… la radio !

Plusieurs affaires récentes, dont le retrait des affiches du film « Les Infidèles », ont fait renaître le débat sur la liberté d’expression en France. On ne pourrait, de nos jours, plus rien dire alors que, « du temps de Coluche et Desproges », c’était autre chose ! Bref, la France vivrait sous le joug de la bien-pensance et du politiquement correct.

Qu’en est-il réellement ? Est-ce que tout ce que l’on voit ou entend est désormais lyophilisé, aseptisé, sécurisé ?

Pour nous faire notre petite idée, nous avons décidé de passer au tamis les deux émissions phare de l’humour et de la gaudriole en France, « On va s’gêner » sur Europe 1 et « Les Grosses Têtes » sur RTL, émissions diffusées à une heure de grande écoute familiale, l’heure du goûter.

Chaque jour, ces deux émissions rassemblent près de 3,5 millions d’auditeurs auxquels s’ajoutent près de 2 millions de téléchargement de podcasts (source Médiamétrie). Diffusées à l’heure des sorties de classe (15h30/18h00 pour la première et 16h00/18h00 pour la seconde), ces émissions sont écoutées par de nombreux parents, désormais habitués à ce fond sonore familier qui couvre les chamailleries des bambins à l’arrière de la voiture pendant le trajet école/maison.

Or, s’il est une population dont il faut préserver les oreilles, ce sont bien nos enfants. Le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) a d’ailleurs instauré une règle d’airain les concernant :

« Aucun service de radiodiffusion sonore ne doit diffuser, entre 6h et 22h30, de programmes susceptibles de heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans. » – délibération du 10 février 2004 relative à la protection de l’enfance et de l’adolescence à l’antenne des services de radiodiffusion sonore.

Il nous est, dès lors, apparu intéressant d’étudier ce à quoi les chastes oreilles de nos rejetons étaient confrontées quotidiennement. Nous avons décidé d’écouter une semaine prise au hasard (du 6 au 10 mars) de podcasts de chacune de ces émissions et recensé ce qui, selon les termes du CSA, pourrait donc être de nature à « heurter la sensibilité des auditeurs de moins de 16 ans ». Les résultats, une fois compilés et analysés, ont permis de générer le nuage de (ro)mots ci-dessous.

Jeunes lecteurs, s’abstenir…

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Au-delà des mots, on y apprend, entre autres perles, que « Casimir (…) se fait enculer par une autre peluche », que « les baleines se bourrent le cul comme des folles » ou encore qu’il vaut mieux se « (laver) la bite au cas où (on se) ferait sucer ».

Tout un ensemble de joyeusetés qui, vous en conviendrez, fait ressortir le poids du politiquement correct sur la vie culturelle française : que de retenues, que de non-dits, que de précautions prises pour ne pas risquer les foudres de l’autorité en charge…

Quel enseignement en tirer ?

Le but n’est pas de savoir si tant de finesse et d’érudition ont leur place sur les ondes. Tout au plus peut-on se poser la question des créneaux horaires et de la cible d’auditeurs visée. Pour rappel, et ceci est loin d’être anecdotique, les émissions en question sont des émissions enregistrées et éditées par leurs stations respectives. Il ne s’agit donc pas de dérapages accidentels, mais bien de choix éditoriaux assumés.

Il est indéniable également qu’il convient à chacun de choisir les programmes adaptés à ses enfants et que certains parents qui s’inquiètent du vocabulaire de la cour de récréation feraient mieux de balayer devant leur porte. Ce qu’ils ne laisseraient pas passer à la télévision ne les choque plus à partir du moment où cela est dit à la radio, comme si le vecteur oral était moins impactant que le visuel.

Mais il est peut-être surtout grand temps de se poser sérieusement la question de ce qui est acceptable ou non dans le paysage culturel et éducatif français, de ce qui relève de l’irrévérence ou de la provocation et de ce qui constitue une atteinte aux bonnes mœurs, des populations que nous devons protéger et de celles qui sont assez grandes pour se protéger toutes seules.

Une chose est sûre : la France regorge d’Autorités, de Conseils, de Comités… il lui manque peut-être juste un peu de bon sens.

(*le flipper, vous mettez une pièce dans la fente et jouez avec les mains, la pute, vous mettez la pièce dans la main et jouez avec…)

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Responses

  1. Je suis tombée par hasard sur cet article que je ne peux m’empêcher de commenter. Tres intéressant!
    Certes, c’est effectivement plutot grave. Mais ce que je trouve encore plus grave sont ces diffusions. Quels objectifs ? A part enconner encore plus la population, la tele ne suffit pas, c’est sûr!
    En ce qui concerne les enfants, j’ai envie de dire bienvenur dans notre monde salace.
    Des limites… des deux cotés de la balance?
    Des limites à la perversité, bien sûr!
    mais aussi des limites à la bulle qui enferme dans un monde inconnu et naïf. Le « putain » ou le « merde » , il sera de toute façon appris bien assez tôt! et j’aimerais savoir pourquoi nous nous en privons pas, alors que nous privons constement nos gosses de tout. Balayer notre propre plancher: balayer d’abord notre propore langage! et donc aussi nos actes (tele, radio, revues debiles (!), et j’en passe)
    Enfin bref, du bon sens ou pas, je ne crois pas non plus à la vie en rose…

  2. ça manque un peu de chiffre … quantité de grossieretés ? comparaison des 2 émissions ?


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